Covid : un « après » pire qu’« avant » ?

Dr Lylian Le Goff

La crise sanitaire du Covid-19 est une nouvelle expression de l’effet boomerang des atteintes portées à la biodiversité sous forme de zoonoses émergeantes qui sont en augmentation depuis les années 1960 (Ebola, Sida, Zika, grippes aviaires, Mers , Sras, etc …) ; il y en aura d’autres si ne sont pas mis en œuvre ces « changements en profondeur sur les plans économique, social, politique et technologique » que le Président de la République a annoncés dans ses interventions télévisées du 12 mars et du 13 avril 2020.

Oui mais, « en même temps », le système agricole productiviste et le gouvernement en rajoutent en pleine crise sanitaire :

– la pollution de l’air par les particules fines apparaît comme un facteur aggravant le contexte épidémique car elles fragilisent les poumons et le système cardiovasculaire par des effets inflammatoires chroniques, ce qui facilite et peut aggraver les détresses respiratoires du Covid 19 ;

. or cette pollution persiste malgré la très nette baisse du trafic routier et des activités industrielles, confirmant bien la part de responsabilité des émanations d’ammoniac des pratiques agricoles d’épandage de lisiers dans la formation de ces particules fines, comme sur le nord de la Bretagne fin mars début avril 2020  ;

. les particules fines PM 10 et PM 2.5 sont des vecteurs par adsorption facilitant la propagation de virus bien connus comme ceux de la rougeole ou de la grippe, mais aussi en 2003 en Chine pour le coronavirus du Sras  ; qu’en est-il de cet autre coronavirus qui a commencé à se manifester rapidement en Chine et en Italie du Nord dans des contrées à l’air très pollué en particules fines ; un étude de l’université de Harvard parue début avril établit une corrélation entre pollution de l’air aux PM et létalité du virus aux États-Unis.

– cette pollution de l’air provient des élevages industriels actuellement encouragés par la Région ; or la coexistence de ces élevages de poulets et de porcs sont aussi des foyers potentiels à haut risques épidémiques grippaux, faisant l’objet d’une veille sanitaire permanente de la part de l’ANSES ; une véritable veille sanitaire devrait bénéficier à la santé publique plutôt que de cautionner des pratiques à risques !

– les mesures ZNT « pour renforcer la protection des riverains » vis-à-vis des épandages de pesticides, déjà scandaleusement contestables, sont « assouplies » dans leur application du fait même du contexte de la crise Covid-19, ce qui est un comble pour aggraver l’exposition aux facteurs de risques liés à la pollution de l’air d’origine agricole.

– qui plus est, un décret du gouvernement paru le 8 avril 2020 autorise les préfets des régions et départements de déroger aux normes réglementaires applicables dans sept domaines dont l’environnement et l’agriculture : il fait suite à une période expérimentale de deux années, jugée positive, ainsi étendue de façon pérenne à tout le territoire !

Alors que l’urgence sanitaire tend à être supplantée par une urgence socio-économique consécutive à ce blocage sociétal inédit, on voit bien que les chantres du « système d’avant » attendent le déconfinement pour qu’il reparte de pus « belle ».

Cette fois, nous avons tous un impérieux droit de regard à exercer sur cette transition sociétale, pour ne surtout pas remettre des pièces dans la mécanique infernale qui malmène la biodiversité – note assurance vie – mais pour instaurer de nouveaux paradigmes et des idées-forces telles que prévention dans tous les domaines, environnement préservé, économie relocalisée non plus au service d’une finance cupide et prédatrice mais redevenue un moyen au service du social. Sans quoi, le monde d’ « après » risque d’être pire que celui d’ « avant ».

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Edito – Prenons notre destin en main, maintenant !

Carole Le Bechec, Présidente du Réseau Cohérence

Cela nous parait si loin maintenant mais en ce début d’année 2020, votre réseau Cohérence en formulant ses vœux avait titré « 2020, l’aube d’un nouveau destin ? » Notre objectif est de supprimer ce fichu point d’interrogation.

L’Organisation Mondiale du Commerce, véritable apôtre de la croissance hors sol a prévenu que l’épidémie de Covid-19 pourrait faire chuter les échanges commerciaux mondiaux de 32% en 2020. Une plaie béante dans le système. Engouffrons-nous dedans !

Les activités de tous les pays sont en grande partie freinées, sauf celles jugées nécessaires. Parmi elles bien sur les soignants et tous les services et la logistique dont ils ont besoin, les agriculteurs, les travailleurs de l’agro-alimentaire, les personnels de supermarchés, les ripeurs, travailleurs de la chaine des déchets, les transports, les réseaux, mais aussi en France, tous ceux qui ne peuvent pas télétravailler et dont les entreprises sont en mesure de continuer leur activité de production avec les gestes barrières.

Beaucoup ressentent comme une profonde injustice d’aller travailler à l’extérieur en période d’épidémie, c’est-à-dire de prendre chaque jour des risques pour soi et sa famille. Ajouter au fait que beaucoup de ces métiers sont précisément parmi les moins valorisés. Ceci laissera de profondes traces qui viendront s’agréger à toutes celles encore vives. Nuits debout, gilets jaunes, manifestation contre les retraites, pour l’hôpital public, mouvement écologistes avec leurs cortèges de propositions, déceptions et de répressions.

La récession annoncée et son inévitable lot de faillites et donc de chômage vont nécessiter d’énormes plans de relance. Tout l’enjeu est qu’ils ne conduisent pas à reproduire et raviver le modèle économique mortifère responsable de profondes inégalités, du changement climatique, de l’extinction des espèces, de l’épuisement des ressources naturelles. Or comme le montre le dernier rapport sur le financement aux énergies fossiles par les banques internationales « Banking on Climate Change 2020 » publié le 18 mars dernier, depuis 2016 et l’Accord de Paris, ce sont 2700 milliards de dollars qui ont encore financés les énergies fossiles ! (Article Les Amis de la Terre).

Ou sont les ruptures ?

Le niveau européen reste une référence dans les discours et sans doute dans la stratégie économique post-corona avec peut-être un renforcement des échanges mais quid d’une réelle voix politique européenne ? Et surtout que restera-t-il de ce Green Deal approuvé en décembre dernier de 100 milliards d’euros ? (cf article sur l’UE), la Cop 26 prévue en novembre 2020 aura-t-elle lieu ?  Et qu’en est-il du sommet UE-Chine initialement prévu en septembre qui devait tenter de poser les bons jalons ? No news de transition pour l’instant dans le plan de 500 milliards d’euros proposé face à la crise.

L’Etat pour sa part circonscrit les incendies, amortit les chocs en différant les charges, en payant le chômage partiel, mais rien n’est encore acté de stratégique pour une sortie de crise par le haut amorçant un vrai changement de modèle. Ainsi par exemple, 250 ONG se sont levées pour éviter que les compagnies aériennes soient refinancées sans conditions. Rien n’est dit sur une restructuration industrielle, et pourquoi pas par exemple, migrer une partie du secteur aéronautique sur l’éolien ? Dans son dernier discours, le 13 avril, le président Emmanuel Macron évoque l’après confinement d’abord pour remettre tout le monde au travail et produire ! Sans s’avancer il note cependant : « Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir. » Prenons-le aux mots et aux actes pour la suite.

A ce niveau national, la Convention citoyenne pour le Climat a rendu 50 premières propositions qui devront être entendues et surtout complétées et mise en œuvre (cf article de Vanessa Taillandier).

Au niveau régional, le président du conseil régional appelle à « la cohérence avec nos objectifs sociaux et environnementaux » mais le plan déployé jusqu’à présent ne s’y réfère pas directement et l’on sait le peu de moyens politiques et financiers régionaux, notamment ceux dédiés à la Breizh Cop. L’on sait aussi encore il y a quelques mois les aides apportées aux élevages intensifs de poulets. Pour une région agricole comme la notre, les liens entre pollution et propagation du virus sont importants comme le précise le Dr Lylian Le Goff dans son article.

Au niveau local, la séquence avortée des élections municipales n’est pas représentative dans ses résultats au vu du contexte d’abstention mais près de 2500 équipes candidates ont signé des engagements du Pacte pour la Transition et les 32 mesures ont été diffusées dans le pays. Quand il sera temps, exigeons qu’elles soient respectées et continuons leur diffusion.

Passons des paroles aux actes !

A toutes les échelles prenons maintenant notre destin en main. Comme nous l’écrivions en début d’année : « régulièrement et avec acharnement il nous faut nous battre encore contre les conservatismes, les intérêts corporatistes et financiers de quelques-uns au mépris des biens communs ». Avec la pandémie, ces mots résonnent plus encore.

Des mots il y en a tant depuis des décennies pour dénoncer un système économique déconnecté des hommes et des écosystèmes. Et pourtant il perdure. Des pétitions, des tribunes, des articles tous plus affutés les uns que les autres, Marc Pouvreau notre secrétaire général et trésorier nous en résume quelques-uns qui auraient pu vous échapper. Les solutions sont déjà pensées, écrites et argumentées.

Nous savons quoi faire mais il manque la forte volonté politique certes mais pas seulement. Transformons en actes la force et la volonté de transition sociale et écologique de tous les citoyens qu’ils soient artistes, retraités, sans activité, salariés, entrepreneurs, membres d’association, etc…

Et pour nous organiser collectivement, Jean-Claude Pierre nous rappelle les avantages incontestables des coopérations, des solidarités face à la compétition et la spéculation. Le modèle de compétition est perdant-perdant, il n’y a qu’une seule terre pour tous nous abriter et nous devons coopérer. Soutenons les coopératives !

L’alimentation est au cœur de la transition, Armina Knibbe nous livre son souhait de voir émerger des coopératives nourricières et engage chacun de nous à se former en permaculture ou en agro-écologie et surtout d’expérimenter par soi-même. Développer les cultures maraîchères est crucial en France pour retrouver une autonomie alimentaire. En France seuls 2% de la surface agricole utile est consacrée à la production de fruits et légumes alors qu’il en faudrait au moins 10%.

Pendant le « confinement » profitons-en pour progresser à notre échelle, dans notre famille. Ce temps doit être mis à profit pour amplifier nos actes de transition, les partager, et les essaimer, jouer les réseaux et le partage d’expériences. L’agenda des transitions à l’échelle individuelle ou familiale est un outil concret, il permet à chacun de progresser, de choisir d’orienter ses actes en fonction de leur impact sur le système. Nous vous proposons de le (re)decouvrir, de l’appliquer du mieux possible, chiche ?? (Télécharger le document dans l’article ci-dessous). Chaque geste peut être relayé au niveau de la Bretagne #BreizhCOP

Progressons dans notre propre transition tous ensemble !

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L’APEA de L’école Pierre Douguet – Les associations s’engagent dans la transition.

Engagé dans une démarche de transition, l’association des parents d’élèves et amis de l’école Pierre Douguet, située à Dinéault dans le finistère nous raconte ses actions. Ses membres ont décidé de changer la manière d’organiser leurs événements et leurs achats, notamment en nouant des partenariats avec les producteurs et commerçants des environs…

Vous avez pris des engagements et vous souhaitez le faire savoir ? dites le sur le site www.breizhcop.bzh

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Les associations s’engagent dans la transition – La compagnie Artefakt.

Nous avons rencontrer la compagnie Artefakt, situé à Lanhélin. Elle propose des spectacles et utilise un bus transformé en espace culturel itinérant pour des projections, des spectacles et des expositions. Dans une démarche de transition, les membres de l’association ont décidé de privilégier le réemploi et la mutualisation pour leurs décors, mobiliers, costume(…) David HARISTOY, son président, nous raconte tout.

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Cohérence vous adresse ses meilleurs vœux pour 2020.

2020, l’aube d’un autre destin ?

Chers amis, chers membres, chers partenaires,

Au nom de l’ensemble du conseil d’administration ainsi que de Julian, Johanne et Bastien, je souhaite vous transmettre nos plus sincères vœux de bonheur et de santé pour vous et vos proches.

Cette magnifique photo a été prise par Johanne qui nous a rejoint sur l’activité porc sur paille. Elle a capté la lune se cachant dans le petit matin bleu, le long du chemin de halage, des branches frêles et gracieuses dansent avec des troncs massifs et imposants. Notre monde est à cette image, un mélange de forces et de fragilités, de certitudes et de doutes, d’ombre et de lumière.

En ce début d’année, pouvons-nous nous permettre d’être optimistes ? Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère, celle pour laquelle nous nous battons tous depuis de longues années ? Oui, petit à petit les mentalités changent. Nous le ressentons autour de nous dans nos conversations, dans les discussions des campagnes municipales, dans les réactions face aux incendies, aux inondations, à la pollution.

Mais régulièrement et avec acharnement il nous faut nous battre encore contre les conservatismes, les intérêts corporatistes et financiers de quelques-uns au mépris des biens communs. Chaque jour, nous, associations de transition écologiques et citoyennes, nous mobilisons nos forces pour agir au mieux, porter les transformations nécessaires, dépasser les beaux discours politiques et enraciner les transitions en Bretagne.

Gardons la souplesse et la force, ne lâchons rien, restons solidaires, nous réussirons.

Carole Le Bechec

Présidente de Cohérence

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Se former avec Al’ Terre BREIZH – le catalogue des formations 2020

L’association Al’Terre Breizh accompagne et facilite les transitions vers des modes de vie plus durables en articulant deux axes :

  • Agir pour comprendre – du local au global.
    • chantiers d’écovolontariat : apportez votre aide à la réalisation d’une action collective en faveur de la biodiversité (protéger les espèces locales, stabiliser une dune, restaurer des sentiers, créer des mares, entretenir une forêt..)
    • de stages pratiques : apprenez à faire de manière plus autonome, économe et écologique (alimentation & jardinage, énergie, récup & recyclage
  • Comprendre pour agir – de la théorie à la pratique
    • séminaires-action et conférences-ateliers : explicitez les enjeux de durabilité et les pistes pour améliorer les situations sur l’alimentation responsable, le défi énergétique, la relation à la nature…

Elle sensibilise le grand public et les professionnels en donnant aux changements personnels et globaux à la fois du sens et de l’opérationnalité au quotidien.

Pour les mois de février, mars et avril l’association propose plusieurs formations:

Soins et taille doux en conscience des arbres et arbustes

Suivez le parcours et expérimentez les outils d’un élagueur – grimpeur pas comme les autres ! L’approche d’Erwan Cavarec permet le soin et la taille des arbres en conscience et respect.

  • Date : au choix, le samedi 8 février et le jeudi 19 mars 2020
  • Durée : 7h
  • Lieu : Fouesnant
  • Public visé : Toute personne travaillant en lien direct avec la nature, en particulier les arbres ou les plantes cultivées.

Salariés, formation professionnelle continue: 300€/jour

Particuliers, bénévoles d’association: 125€/jour

Mettre la communication bienveillante au service des transitions écologiques

la communication bienveillante comme outil de prévention et de gestion positive des tensions/conflits pour les projets en EEDD : clarifiez les zones et sources de tensions, expérimentez des outils d’écoute et d’affirmation de soi et appropriez-vous une grille d’analyse des situations pour mieux les appréhender.

  • Date : du mercredi 4 au vendredi 6 mars 2020
  • Durée : 21h
  • Lieu : Finistère sud
  • Public visé : Animateurs, éducateurs, bénévoles associatifs, et toute personne animant ou participant à des projets en lien avec l’EEDD et les transitions écologiques
  • Formateurs : Marie Egreteau et Hélène Denoix

Salariés, formation professionnelle continue: 300€/jour

Particuliers, bénévoles d’association: 125€/jour

Oser des pédagogies de l’émancipation en formation/animation

Comprendre les schémas pédagogiques, les fonctionnements des rapports à soi, à l’autre et aux apprentissages pour mieux adapter sa posture en formation et animation. Situez votre propre pratique si le coeur vous en dit, choisissez de faire quelques pas vers des pédagogies émancipatrices.

  • Date : du lundi 30 mars au 1er avril 2020
  • Durée : 21h
  • Lieu : Quimper
  • Public visé : Toute personne intervenant en formation ou animation dans le champ de l’EEDD, de manière régulière ou occasionnelle.

Salariés, formation professionnelle continue: 350€/jour

Salariés de structures adhérentes au Reeb: 280€/jour

Particuliers, bénévoles : tarifs adaptés à votre situation

Infos et réservations:

info@alterrebreizh.org

09 72 37 18 24

8 rue Louis Hémon – 29000 Quimper

www.alterrebreizh.org

Al’Terre Breizh sur Facebook

Pour retrouver la liste complète des formations de l’année 2020, cliquer ici.

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Rob Hopkins revient en Bretagne à l’initiative de Sans transition !

La transition est un formidable vecteur de progrès et de solidarité. Preuve fut faite en avril 2019, lors de la précédente venue en France de Rob Hopkins. Le créateur du mouvement des Villes en transition nous fait l’honneur de revenir en France du 03 au 08 février 2020, à l’initiative de Sans transition ! magazine, pour une tournée qui ravira tous les citoyen-ne-s engagé-e-s !

Il ira à la rencontre des citoyens et acteurs engagés dans plusieurs régions de France. Ce second tour de France de la transition sera, nous l’espérons, l’amorce d’une volonté commune d’œuvrer sans cesse en faveur des transitions. Et si les rênes de notre avenir n’appartenaient qu’à notre seule imagination collective ?

Rendez-vous le 03 février 2020 à Lorient, au salon du port du Stade du Moustoir !

Gratuit sur réservation.

Plus d’info sur les dates et lieux des conférences.

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Le gouvernement a créé une cellule militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industrie

Le gouvernement veut « faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle », dénoncent de multiples défenseurs de l’agriculture paysanne et biologique, réunis dans cette tribune. Ils s’inquiètent fortement de la création de la cellule de renseignement Demeter, lancée fin octobre, soi-disant destinée à lutter contre l’« agribashing ».

La liste des organisations signataires de cette tribune se trouve à la fin du texte.


Il y aura un avant et un après Demeter. Le 13 décembre, le ministre de l’Intérieur de la République française Christophe Castaner s’est rendu dans le Finistère en compagnie de la présidente de la FNSEA Christiane Lambert. Dans le cadre d’une convention signée entre son ministère et ce syndicat agricole. Cette première anomalie démocratique — depuis quand la police républicaine est-elle aux ordres d’une structure privée ? — n’est pas la dernière, de loin.

En effet, ce voyage avait pour but principal de lancer une cellule de la gendarmerie nationale appelée Demeter, la déesse grecque des moissons. Et marque reconnue, depuis des lustres, de l’agriculture sans pesticides. Quel en est le but affiché ? La lutte contre « l’agribashing ». Ce terme est une invention des communicants de la FNSEA, qui prétend sans en apporter la moindre preuve qu’on assisterait en France à une entreprise concertée de dénigrement du monde agricole. Elle permet à ce syndicat de maintenir ce qu’elle fait depuis des dizaines d’années : une pression lobbyiste pour obtenir en retour des avantages économiques.

Le ministre, confronté avec son gouvernement à une situation politique difficile, a donc décidé de jouer ce rôle dangereux, affirmant par exemple : « Depuis quelques années, un phénomène grandit, inacceptable. De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes. »

Empêtré dans cette imprudente déclaration, le ministre démontre dans le même texte qu’il est incapable de prouver par le moindre fait la réalité de ce phénomène. Les chiffres qu’il cite pour 2019 parlent d’eux-mêmes : sur la base de 440.000 exploitations agricoles, les plaintes portent sur 314 tracteurs volés, 24 vols avec violence, 657 voitures dérobées.

Encore faut-il préciser que les vols avec violences ont diminué en un an de 31,4 %. La plupart des centres urbains se damneraient pour de telles statistiques. Il est visiblement plus simple de mobiliser la police que de régler la situation dramatique de la paysannerie française.

Il y a encore plus grave. Volontairement, n’en doutons pas, M. Castaner mélange dans un stupéfiant gloubi-boulga la délinquance vile — cambriolages, vols de matériel, incendies, dégradations —, les occupations de terres agricoles par des gens du voyage, les actions antifourrure ou antichasse. C’est mettre sur le même plan criminel le vol, le droit des populations nomades, celui de la critique sociale et politique.

Il y a encore plus grave. M.Castaner entend s’attaquer dans le cadre de Demeter, ainsi qu’il l’écrit, aux « actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ». Cette fois, on aura compris : il s’agit de faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle, dont la FNSEA est le principal soutien.

La démocratie, ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société

Qui mène « des actions symboliques » contre ce système ? Le mouvement des Coquelicots, qui réclame la fin des pesticides, soutenu par un million de citoyens. Les maires qui prennent des arrêtés contre ces poisons chimiques. Des dizaines de milliers de paysans qui ont déjà choisi l’agriculture biologique. Beaucoup d’autres, qui défendent le modèle de l’agriculture paysanne contre les projets délirants d’usines à vaches, à cochons ou à poulets. Et au total des centaines de milliers de citoyens engagés contre l’importation massive de soja transgénique et donc l’élevage industriel, contre la mort des oiseaux et des insectes, pour des rivières débarrassées de la pollution et des rivages sans algues vertes, enfin pour une alimentation de haute qualité.

Il ne fait aucun doute, à nos yeux, qu’une ligne a été franchie. La démocratie, ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société. Et quand le ministre parle « d’améliorer [la] coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements », chacun comprend ce que cela veut dire. Cela signifie l’intimidation accrue de tous les adversaires décidés de la FNSEA, qui passe nécessairement par la surveillance électronique et informatique, d’éventuelles écoutes téléphoniques, voire des filatures, des infiltrations, ou pire encore, la délation.

Nous prévenons solennellement le gouvernement que nous refusons cette criminalisation et que nous demandons le démantèlement de la cellule Demeter. Notre contestation de l’agriculture industrielle, non-violente, se fait et se fera au grand jour, dans la conviction d’exprimer la volonté majoritaire de la société française. Nous voulons beaucoup de paysans, beaucoup plus de paysans, heureux et fiers de leur métier, enfin payés au prix convenable pour leur participation au bien commun. C’est en effet un autre monde que celui de la FNSEA.

Liste des signataires :

  •  Valérie Murat, porte-parole de l’association Alerte Aux Toxiques !
  •  Pierre-Michel Périnaud, président d’Alerte des médecins sur les pesticides
  •  Sylvie Nony, secrétaire d’Alerte Pesticides Haute Gironde
  •  Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre
  •  Jean-francois Lyphout, président de l’Aspro-Pnpp
  •  Pierrick De Ronne, président de Biocoop
  •  Gwenola Kervingant, présidente de Bretagne Vivante
  •  Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes de Canopée
  •  Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest
  •  Marie-Lys Bibeyran, du Collectif Info Médoc Pesticides
  •  Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
  •  Violette Auberger, représentante des Ami.es de la Confédération paysanne
  •  Joël Spiroux de Vendômois, président du Criigen
  •  Alain Bonnec, président d’Eau et rivières de Bretagne
  •  Jean-Luc Toullec, président de la Fédération Bretagne Nature Environnement
  •  Guillaume Riou, président de la FNAB
  •  Eric Feraille, président de FNE Aura
  •  François Veillerette, directeur de Générations futures
  •  Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France
  •  Arnaud Apoteker, délégué général de Justice Pesticides
  •  Daniel Cueff, maire de Langouët (35)
  •  Patrick Lespagnol, président du Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique
  •  Eliane Anglaret, présidente de la fédération Nature & Progrès
  •  Fabrice Nicolino, président de Nous voulons des coquelicots
  •  Jean-Yves Bohic, président de Ragster
  •  Carole Le Bechec, présidente du Réseau Cohérence
  •  Jean-François Baudin, président du Réseau Amap Auvergne-Rhône-Alpes
  •  Florent Mercier, co-président du Réseau Semences Paysannes
  •  Jacky Bonnemains, directeur de Robin des bois
  •  Thierry Thévenin, porte-parole du syndicat Simples
  •  Gilles Lanio, président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF)
  •  Benjamin Sourice, co-président de Combat Monsanto

Tribune publiée sur le site reporterre.

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8 février à Saint-Hélène : Soirée festive « chou de Lorient »

Les amoureux du Chou de Lorient se retrouve le 8 février à Saint-Héléne (56) pour une soirée gourmande et musicale organisée par le syndicat des producteurs de Choux de Lorient.

Venez le (re)découvrir en kig ha farz avec une animation musicale du groupe Les Bigou’Zins.

PRÉ-INSCRIPTION OBLIGATOIRE avant le 03/02/2020
au 07-61-36-48-39 ou soireechou8@gmail.com

14€ / adulte
7 € / enfant
Avec le soutien de Cohérence, la Mairie de Saint-Héléne et les étudiantes de l’IUT QLIO

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Pour nous permettre de donner une véritable impulsion à nos territoires dans l’esprit de la démocratie participative qui motive fortement tout le réseau Cohérence, nous avons besoin de votre engagement mais aussi de votre soutien financier.

En soutenant Cohérence, vous apportez un soutien indispensable à la poursuite de ses actions et vous rejoignez le mouvement de la transition citoyenne vers un développement durable et solidaire.

Nous vous remercions par avance de votre adhésion.

Le Conseil d’Administration de Cohérence

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