Les petits pas de la politique agricole commune ne suffisent plus en matière de climat et de biodiversité – par Marc POUVREAU

Selon un article du Monde de mai 2021, un collectif de plus de 700 scientifiques en recherche publique a alerté sur les conséquences catastrophiques d’un manque d’ambition politique dans le domaine de l’agroécologie. Néanmoins, le gouvernement français, qui se présente comme un leader dans cette compétence, notamment lors de la présidence de l’Union européenne, ne fait pas preuve d’audace dans la préparation de sa feuille de route.

A la suite d’un débat public organisé en 2020, le Ministère de l’Agriculture a publié un rapport de synthèse identifiant les six grands enjeux retenus de ce débat ainsi que les 1 083 propositions de citoyens. Ce débat mené a le mérite d’élargir la consultation citoyenne, et permet aussi de sortir du dialogue uniquement agricole, ainsi que d’entrevoir le parti pris du gouvernement dans l’élaboration du Plan Stratégique National, étant la déclinaison de la PAC faite par chaque Etat, et devant y être produite avant l’été 2021.

futura-sciences.com

Des avancées timides faites par le cabinet du Ministre de l’Agriculture.

Le volet environnemental affiché par les objectifs du gouvernement semble malgré tout se renforcer, même si cet accompagnement reste fondamentalement économique. L’ambition affichée du PSN est de trouver le juste équilibre entre le fait de demander davantage d’efforts auprès de nos producteurs, leur garantir des revenus décents ainsi que de les rémunérer au juste prix. Aussi, parmi les autres souhaits affichés par le gouvernement, on retient notamment l’introduction des « écorégimes », étant un paiement à l’hectare pour les différentes pratiques écologiques des exploitations, avec une dotation de 20 % à 30 % du premier pilier. D’autres intentions sont annoncées, mais peu chiffrées, comme l’objectif de conversion des surfaces en agriculture biologique, ou encore l’adoption d’une nouvelle stratégie nationale pour le bien-être des animaux d’élevage.

De franches oppositions au nom de la Souveraineté :

  • Une opposition formelle aux proposions de verser des aides à l’actif au lieu de subvention à la surface de l’exploitation.
  • Des tensions apparaissent aussi au sujet des restitutions à l’exportation.

A la suite de ce débat public, on voit donc plus clairement ce que le Ministère a retenu, et les points avec lesquels il n’est pas d’accord, comme le souligne la vice-présidente de la Commission nationale du débat public, et qu’il s’agit d’un « progrès considérable par rapport aux précédentes consultations ».

Il appartient donc aux partisans d’une rupture avec le modèle actuel de renouveler leurs revendications pour un modèle résilient, porteur d’une forme de souveraineté, axée sur l’alimentation, et respectueuse du climat ainsi que du développement des territoires. Une réorientation des aides à l’exportation (car la qualité des produits français peut se passer de subventions, et que l’exportation de denrées de mauvaise qualité ternit l’image nationale), ou encore un abandon de l’importation de matière premières agricoles, sont les clefs pour soutenir le made in France.

Aujourd’hui, le gouvernement semble se désengager des objectifs pour une Transition, par son refus de prendre en compte l’aide au maintien d’une agriculture protectrice de nos territoires, ou par sa course effrénée à l’agrandissement porteur d’atteinte à la biodiversité ainsi qu’à la désertification de l’emploi agricole. Néanmoins, plusieurs points plus optimistes sont à souligner, comme la volonté de plus en plus affichée du gouvernement de soutenir les « écorégimes », ou bien encore le souhait de dévoiler des valeurs chiffrées à propos de la transformation des surfaces en agriculture biologique.

5 mai 2021

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