Les travaux de la Convention Citoyenne sur le Climat et ses répercutions pour la Région Bretagne

Vanessa Taillandier

La Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) réunit depuis l’automne dernier 150 citoyens tirés au sort qui, lors de 7 sessions de 2 jours, ont pour mission de constituer un corpus de mesures visant à réduire de 40 % les émissions françaises de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 dans un esprit de justice sociale. Ils se sont répartis en 5 groupes de travail intitulés : se loger, se nourrir, se déplacer, consommer, travailler/produire.

Cette expérience inédite de démocratie participative fait partie de l’arsenal de réponses proposées par le gouvernement à la crise des Gilets Jaunes.

Après examen des conclusions de la Convention par le Président de la République, plusieurs choix s’offre à lui. En effet, les propositions retenues pourrons être mise en œuvre soit par la voie des décrets, règlements et ordonnances, ou bien suivre le cheminement législatif traditionnel ou encore être soumises au référendum.

La pandémie à laquelle le monde fait face aujourd’hui démontre la fragilité du système ultra-libéral mondialisé mettant en exergue les menaces pesant sur le circuit alimentaire, de production et d’approvisionnement en matière première mais aussi la nécessité universelle d’un accès aux soins.

Après les phases de sidération, de souffrance et d’instabilité qu’elle induit inéluctablement, doit venir à présent l’impulsion d’une refonte structurelle absolument vitale de notre société et des valeurs sur lesquelles elle repose. Cette mutation prônée depuis des décennies par les écologistes et les partisans d’une répartition plus juste des richesses et ressources prends tout son sens avec l’épreuve que nous traversons et le lien entre écologie, économie et l’aspect social devient évident.

C’est justement l’angle adopté par la Convention dont les travaux devaient s’achever ce mois-ci mais, à la vue des circonstances, elle a choisi de compléter son mandat initial par un plan de sortie de crise. En ce sens, la Convention a transmis vendredi 3 avril une cinquantaine de ses mesures au gouvernement estimant qu’elles « permettraient de contribuer à la fois à la relance économique, à réduire les émissions, […] à améliorer notre santé et notre bien-être collectifs, tout en tenant compte des populations les plus fragiles ». Si leur détail n’a pas été rendu public, certaines informations ont fuité et, dès lors, il est possible d’envisager les répercutions et implications à l’échelle régionale. Les préconisations de la Convention portent sur l’agriculture, la rénovation énergétique et l’écoconstruction des bâtiments, la lutte contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, les transports mais aussi la gestion des déchets, l’éducation à l’environnement ou encore l’aspect fiscal et l’orientation des aides publiques.

Focus sur l’agriculture.

L’agriculture occupe une place centrale dans l’organisation du « Monde d’après » et ce à de multiples niveaux. En effet, elle interagit avec d’autres secteurs industriels, est impliquée dans les émissions de gaz à effet de serre et de particules fines, elle utilise les transports et de l’énergie, consomme de l’eau et en conditionne aussi sa qualité, enfin, elle impacte nos paysages et la biodiversité. Ces problématiques, préexistantes à la crise, deviennent des leviers d’actions moteurs pour l’ensemble de l’économie.

Il paraît plus que nécessaire d’assurer l’autonomie alimentaire et la résilience de notre territoire breton afin de subvenir aux besoins de la population mais aussi de favoriser la relocalisation d’activités stratégiques. Ceci impactera l’ensemble du secteur agricole tant dans son mode de production et de distribution que dans l’objectif de ses débouchés. L’orientation des financements octroyés par la région doit baliser cette transformation en favorisant des exploitations de taille modérée, en incitant voire en réglementant sur les pratiques écologiquement vertueuses et à forte valeur sociale ajoutée mais aussi sur le bien-être animal. Il convient de relocaliser la nourriture du bétail afin de ne plus dépendre des importations et de faire reculer la monoculture intensive ainsi que le soja transgénique de provenance lointaine encourageant, là-bas, la déforestation et donc la proximité homme-animal mise en cause dans la transmission des maladies telles que le Covid 19 ou Ebola.

Ainsi, et de manière non-exhaustive, la Région Bretagne doit se désengager de l’industrie agro-alimentaire et revenir sur ses financements concernant par exemple les élevages de poulets de Langoëlan. Elle peut également impulser l’agroécologie dans les Lycées agricoles et, plus globalement, promouvoir les apprentissages des techniques raisonnées dans les métiers du bâtiment et de l’industrie au sens large.

La Région peut soutenir des mesures portant sur la limitation et la substitution progressive de pesticides et des épandages en veillant à ce que la méthanisation ne devienne pas le « tout-à-l’égout » énergétique des exploitations car n’étant que l’une des options du mix énergétique souhaitable. Elle est également en capacité de promouvoir et de soutenir financièrement des initiatives portant sur la préservation et la restauration des écosystèmes, le ré-ensauvagement de certaines zones afin d’assurer la continuité naturelle.

On constate par ailleurs qu’avec cette crise, les consommateurs se sont tournés vers les circuits courts et donc les produits locaux. Prenons appui sur cet élan afin de rendre pérenne ce mode de consommation et perfectionner la filière. La Région vient d’ailleurs de lancer une plateforme répertoriant les producteurs locaux.

Il conviendra bien entendu d’intervenir au niveau européen notamment au sujet de la PAC.

Cohérence se mobilise depuis longtemps sur ce terrain notamment avec le label du Porc Authentique élevé sur paille et la préservation de la ressource en eau et s’associe régulièrement à des actions initiées par d’autres acteurs pour une agriculture durable.

La Convention Citoyenne pour le Climat constitue un point de départ dans la co-construction d’un ensemble de politiques structurant l’économie de demain avec un fort volet social qui, loin des vœux pieux, se veut le porte-parole de la volonté citoyenne de voir enfin émerger un monde nouveau.

Vanessa Taillandier

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