Alliances locales producteurs-consommateurs : Différences et similitudes, des deux côtés des Alpes

Sans doute, la principale revendication qu’on

devrait adresser à nos dirigeants politiques est :

« Prenez grand soin de ne pas compromettre les liens sociaux, les ligatures »                                             R.G. Dahrendorf

 

Alors même que la fragmentation des process de production, l’étirement des filières, les facilités de communication distendent infiniment toute sorte de liens, on voit proliférer, spontanément, au sein de la société civile de nombreux pays, une profusion d’ilots où des échanges économiques reposant sur la proximité, fabriquent de la relation sociale et de l’innovation.

L’impulsion initiale vient, souvent, d’une alliance locale entre consommateurs excédés par les faux semblants du marketing agro-alimentaire et paysans rebutés par l’agro-chimie; mais au delà de la recherche d’une nourriture saine, ces efforts touchent les secteurs le plus divers : habitats, énergie, transport, culture, éducation… agrégeant, désormais, dans chaque pays, plusieurs centaines de milliers de citoyens.

Bien que, par rapport à l’ensemble de la population, ces mobilisations restent, partout, minoritaires, le nombre de noyaux « d’économie horizontale » (souvent, actifs depuis au moins deux décennies) et celui de personnes impliquées, sont tout à fait considérables : ils témoignent du désir diffus d’un « vivre ensemble » où vente et achat seraient des moments concrets de communication sociale; ils fournissent aussi la preuve expérimentale que de tels systèmes d’économie localisée sont viables et permettent aux territoires de conserver une certaine autonomie.

Après avoir conduit différentes recherches où j’ai mis la micro-industrialisation territorialisée du Nord Italie en perspective avec le modèle de développement basé sur la grande entreprise et la dissociation fonctionnelle des espaces, j’ai été frappé de constater que les dispositifs de circulation économique mis en place par les militants du « produire-consommer local » et par les manufacturiers des districts italiens, partagent beaucoup de caractéristiques importantes. Ainsi, bien qu’ils obéissent à des motivations psychologiques très différentes, les uns et les autres, tirent profit de la petite dimension et de l' »agir ensemble en proximité » pour s’appuyer fortement sur le tissu social et pour entremêler intimement les rapports productif avec les liens sociaux; les uns et les autres, visent à faire du territoire le lieux de la prise de décision, de la gestion des fonctions stratégiques, d’appropriation de la valeur ajoutée, de reconversion des ressources dégagées, s’efforçant de conserver, autant que possible, son autonomie.

C’est pourquoi, il m’a semblé judicieux d’appliquer ce même regard croisé à la multiplication des formes locales d’alliances producteurs-consommateurs.

Des deux côté des Alpes, ces dispositifs de « l’économie horizontale » ont élaborées des formes organisations qui reflètent les interaction avec un territoire spécifique et un environnements politico-institutionnels particulier.

Ainsi, tout en se réclamant des mêmes principes et en se donnant des objectifs analogues, l’organisation des GAS italiens et les structures du système AMAP-GASe, qui s’est constitué en France sont moins semblables qu’il n’y paraît : pour percevoir les différences et s’interroger sur leurs signification, rien ne vaut que de les observer côte à côte, après les avoir décrites à partir d’un même point de vue, d’une même méthode, des mêmes interrogations.

 Le premier chapitre de cette entreprise, est une description des formes prises, en Italie, par le mouvement des Gruppi d’Acquisto Solidale, que j’ai élaboré en analysant les matériaux des sites et des blogs mis en ligne par des acteurs de base. La version italienne de ce portrait a été publié sur le site de la coordination nationale des GAS, à l’occasion de leur vingtième rencontre nationale (www.retega.sorg)

Le deuxième chapitre, que j’entreprend actuellement, sera la description du système AMAP-GASE, tel qu’il s’est constitué en France, élaborée, toujours, grâce aux matériaux des protagonistes eux mêmes.

On le voit : plus que d’une « recherche comparée » au sens académique du terme, il s’agit d’une sorte de double reportage à travers les sites mis en ligne, de part et d’autre des Alpes, par les acteurs de terrain.

J’espère que cette mise en perspective rendra possible une réflexion collective sur les différents dispositifs de « l’économie horizontale » et sur avantages-inconvénients des agencements possibles.

 Thomas Regazzola

 GAS-en-FRANCAIS

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